De l’aide humanitaire au renforcement de la protection sociale et de la sécurité alimentaire : la coopération espagnole soutient l’approche entre l'urgence et le développement du PAM en Haïti.
Resumen de la noticia
L'AECID partage l'approche entre l'emergence et le développement du Programme Alimentaire Mondial (PMA), une strategie commune qui connecte plusieurs initiatives pour atteindre l'objectif d'eliminer la faim en Haïti en Haïti. Cette organisation du Système de Nations Unies a reçu un financement de l'AECID durant les trois dernières années.
De l’aide humanitaire au renforcement de la protection sociale et de la sécurité alimentaire : la coopération espagnole soutient l’approche entre l'urgence et le développement du PAM en Haïti.
Après un atterrissage sans incident, les pilotes ralentissent le moteur du grand Sikorsky dans lequel nous voyageons. Après avoir débarqué sur le tarmac, alors que nous nous dirigeons vers le hall des arrivées, d’autres collègues humanitaires font la queue pour monter à bord du même hélicoptère. Grâce au service aérien des Nations Unies (UNHAS) géré par le PAM, auquel l’AECID contribue depuis trois ans, nous pouvons partir et revenir dans la capitale, dont l’aéroport est hors service depuis novembre 2024 en raison du risque posé par la présence de groupes armés à proximité.
De Jacmel, dans le département du sud-est d’Haïti où se concentre une grande partie de notre coopération, il est nécessaire de suivre une route principalement non goudronnée jusqu’à Belle-Anse, un village de pêcheurs non loin de la frontière avec la République dominicaine. Dans cette communauté côtière, l’une des plus pauvres de la région, vit Nona, 41 ans, mère de sept enfants. « Je suis une femme qui a beaucoup d’idées. Je m’occupe bien de mes enfants. L’homme avec qui je vis n’est pas très présent ici. Ça va et vient. Dans les moments difficiles, je reste fort. Je ne me décourage jamais », nous confie-t-elle.
Selon le dernier rapport sur la classification de l’insécurité alimentaire pour la période de mars à juin 2025 (IPC en anglais, CIF en espagnol), 5,7 millions de personnes, soit la moitié de la population haïtienne, sont en phase 3+ (insécurité alimentaire aiguë), un nombre record dans l’hémisphère occidental.
Dans ce contexte de crise profonde, le Programme alimentaire mondial intensifie ses opérations humanitaires à travers le pays. Leurs camions sont constamment chargés et expédiés de différents départements, transportant des milliers de tonnes de riz, de haricots et d’huile végétale vers les zones les plus vulnérables. Dans les cuisines, les casseroles et les poêles fument depuis les premiers rayons de soleil, gérées méthodiquement par des cuisiniers issus des communautés locales, chargés de livrer chaque jour des repas chauds soit aux personnes déplacées par la violence des groupes armés, abritées dans des sites temporaires dans des conditions très difficiles, soit aux élèves des écoles qui font partie du Programme national de cafétéria scolaire.
L’une des initiatives les plus pertinentes pour répondre à cette crise est le Programme de Cantines Scolaires du ministère de l’Éducation Nationale et de la Formation professionnelle (MENFP), auquel l'Office d’Action Humanitaire de l’AECID a contribué par le biais du Programme Alimentaire Mondial (PAM). Du centre de collecte des aliments frais et secs achetés localement, géré par l’ONG locale Coordination Régionale des Organisations du Sud-Est (CROSE) et supervisé par le Bureau diocésain de l’éducation (BDE), aux écoles qui font partie du programme, où la nourriture est reçue et préparée. Près de 9 000 élèves de 34 écoles du département du Sud-Est reçoivent un repas chaud pendant les journées scolaires grâce au financement de l’AECID par le biais du Programme alimentaire mondial. Plus de 2 500 de ces enfants sont issus de familles qui ont été déplacées de la capitale en raison de la violence incessante des groupes armés. Cet apport en alimentation favorise également la persévérance scolaire et les apprentissages.
Le PAM et l’AECID sont tous deux conscients que les interventions d’urgence doivent s’accompagner d’initiatives de développement à long terme pour obtenir des résultats durables. Pour cette raison, en 2023, l’AECID a contribué au renforcement et à la création de filets de sécurité nationaux par le biais du PAM qui ont touché plus de 134 000 personnes. En tant que mère chef de famille avec peu de ressources, l’une des bénéficiaires de l’aide en espèces a été Nona. Sous un arbre derrière sa maison, elle nous raconte comment le programme lui permet de prendre soin de sa famille et de générer des revenus. "Je suis une femme d’affaires. Maintenant, je peux faire du pain et du café pour les vendre au marché. J’utilise aussi l’aide pour acheter des chèvres et envoyer les enfants à l’école. Si un membre de ma famille tombe malade, je peux payer le traitement".
En plus de l’argent, le programme comprend des séances de formation visant à sensibiliser la population à la saine alimentation et aux bonnes pratiques financières. "La semaine dernière, j’ai appris à gérer un gain de 200 gurdas pour en générer 600. D’autres participants et moi-même avons également appris comment créer un fonds de crédit. J’ai déjà emprunté 10 000 gurdas et acheté beaucoup de farine. Quand je fais du pain, je peux générer entre 2 500 et 3 500 gurdas par jour", nous dit Nona. La tontine, ou « sòl » en créole, est une méthode d’épargne simple et accessible, même pour ceux qui ont des ressources limitées. Les participants contribuent à la semaine ou au mois, et à chaque tour (« hommes » en créole), la somme récoltée est remise à un membre du groupe. Le « sabotay » a un mécanisme similaire à la tontine, mais il sert à fonctionner pendant une journée. Dans un contexte où les services financiers formels sont limités et souvent hors de portée pour une grande partie de la population, ces types de systèmes informels sont devenus, pour de nombreuses communautés haïtiennes, une bouée de sauvetage en cas de besoin.
Notre approche se concentre sur une stratégie holistique qui relie diverses initiatives pour atteindre l’objectif d'éradiquer la faim. En 2024, le PAM a continué de fournir une assistance technique et un soutien à la mise en œuvre du système national de protection sociale du ministère des Affaires sociales et du Travail (MAST), atteignant plus de 178 000 personnes vulnérables grâce à des transferts monétaires, mis en œuvre dans le cadre du programme de protection sociale du gouvernement, « Klere Chimen », ou directement par l’intermédiaire de partenaires locaux. En outre, le PAM a appuyé l’expansion du registre social de MAST, SIMAST, avec 33 % de la population (plus de 761 000 ménages enregistrés). La contribution de l’AECID au SIMAST a toutefois été versée par l’intermédiaire du PNUD dans certaines municipalités de la zone frontalière avec la République dominicaine.
En vue de la bonne collaboration existante, à l’horizon 2025, l’AECID a déjà déboursé 800 000 € supplémentaires pour étendre le programme de cantines scolaires nationales en collaboration avec le PAM avec des achats locaux dans le département du Sud-Est et 100 000 € supplémentaires pour contribuer à la permanence, essentielle pour le pays, du service aérien humanitaire (UNHAS).